Journal de recherche – [J-1]
Enfin un peu de repos. J'ai pu prendre place dans une tente de l'avant garde d'argent. Je ne suis pas seule, mais celui avec qui je la partage ne risque pas de se réveiller, ayant bu près de la moitié de nos réserves d'alcool (je déteste les mages). J'écris ces lignes à la faible lueur de ma baguette afin de ne déranger personne. Elles sont importantes pour moi. En cet instant précieux j'apprécie chaque courbe et délié des lettres, et je pèse le poids des mots ainsi formés. Malheureusement, il ne sera pas là question de relater les dernières trouvailles, les hypothèses à vérifier, les avancées dans le maniement de l'ombre, ni même (hélas) de commenter longuement les derniers amateurs arrivés au Bastion, ma nouvelle demeure. Non, aucune de ces banalités, et en cet instant précieux, je les regrette déjà. Cette nuit, mes mots seront graves.
Demain, l'assaut sera donné sur la citadelle de glace. Rares ont été les fois où j'ai eu tant de mal à écrire, mais pour sûr, cette phrase fut la plus difficile de toutes. A l'aube, je me tiendrai prête. Nous serons informés de nos affectations juste avant l'attaque. Devrai-je embarquer sur le Brise-ciel ou bien servir aux côtés de mes frères et sœurs au pied de la citadelle ? Qu'importe. Demain signera la fin de cette guerre, d'une façon ou d'une autre. Mes compagnons et moi, sommes pressés d'en finir. Tant d'horreur, tant de gâchis, et tant de sang ont eu raison de notre patience et de notre sérénité. Tant de souvenirs également.
Dès l'accostage, les bruits des canons nous assourdissaient, et les cris des goules et nérubiens nous paraissaient d'un autre monde. Dire que ce n'était qu'un avant-goût... La défense de Garde-Hiver fut difficile. Mais toute cette haine ne peut ébranler des combattants soudés, surtout aux côtés de la 7e Légion. En revanche, Naxxramas, c'était différent. Malgré les amis et compagnons prêts à mourir pour vous, on est seul. Profondément seul, avec ces voix qui dansent, chantent, rient, se gaussent et se délectent de votre peur. Car on ne peut avoir que peur dans cet antre de la folie. Des corps recomposés jouant avec des squelettes, des gens torturés, partout. Si froid, et si seul... Parfois encore je crois entendre Kel'th l'entendre dans ma tête. J'en ai encore des frissons !
Si cette folie pure n'a pas eu raison de nous tous, il en fut de même pour la tragédie du portail du courroux. Heureusement en retrait, j'ai assisté à ce carnage vain. Ceux qui auront la chance de voir les jours prochains verront seulement alors les conséquences de ces actes. A ces massacres suivit le réveil d'un mal plus ancien, terré dans les profondeurs d'Ulduar. Merveille parmi les merveilles, cette cité m'aura fait revenir en enfance, par sa magnificence, comme en enfer, à la vue des « choses » qui y rodent encore.
J'ai été si heureuse de rejoindre des compagnons certes détestables mais si précieux pour l'avancée de mes recherches (et pour ma survie aussi mais c'est un détail). Mais la guerre n'attend pas. Il y eut l'avancée. Les maigres et petites victoires qui, bout à bout, nous ont permis, au prix de trop nombreuses vies, de franchir les différents obstacles de la couronne de glace. Nous avons répondu présent, d'une seule voix, à l'appel du généralissime Fordring. Et nous avons travaillé dur, très dur, en même temps que nous participions, ponctuellement, à des opérations moins « nobles » dans la couronne.
Aujourd'hui beaucoup sont partis. La mort, la maladie, le froid, mais aussi la lassitude, la peur, le manque des êtres chers nous ont éloignés de ceux que nous avons aimés, et que nous chérissons toujours. Avide de connaissance, j'ai longuement écouté tous mes compagnons, et nombreux sont ceux qui regrettent leurs amis perdus. J'ai vu, dans leurs yeux, la peine qu'ils avaient à adresser un dernier signe à un frère ou une sœur. Pourtant, petit journal, j'avoue ne pas bien comprendre. A voir l'amour porté aux frères d'arme tombés ou retirés, mais également la dévotion et le respect du tabard des arrivants dont je fais partie, je ne distingue pas d'anciens ou de nouveaux Veilleurs. Tous se battent avec une ardeur et volonté sans faille, prompts à aider celui qui posera genou à terre.
Demain, mon ami, l'assaut sera donné. Et si mon cœur est lourd, c'est parce qu'il entrevoit la fin du voyage. Chaque Veilleur aura à cœur de préserver les fragiles vies qui lui importent : famille, amis, royaumes, préceptes. En ce qui me concerne, je me battrai pour que les plus jeunes gnomes puissent un jour avoir la chance de voir Gnomeregan comme elle fut il y a peu.
Et si nous devons tomber, qu'importe. Car je sais que nous tomberons, comme nous vaincrons, comme un et un seul. Et cette unité sera forte de la sagesse des piliers, de la fougue des nouveaux, comme de l'amour des anciens et des murmures de nos légendes. Si forte qu'elle sera capable, si ce n'est de briser cette citadelle, de balayer la peur et de faire vaciller le roi-liche. Je prie pour que ceux tombés avant moi ne se relèvent pas, comme je prie pour que ceux qui me verront plier m'arracheront à la non-mort. Je n'ai pas étudié si longuement l'asservissement des démons pour devenir le jouet d'un vulgaire nécromancien !
Cher journal, j'arrête ici, j'ai besoin d'un peu de sommeil. Si je ne peux te retrouver, que celui ou celle qui aura eu plus de chance que moi sache que les gnomes et leurs alliés ont combattu et sont morts pour que vous puissiez vivre.
Au revoir.
* Merci à Omnisciente pour la rédaction de ce récit.
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